CLICHÉ - CLICHÉ-SONDE

- Comme le rappelle McLuhan, le mot "cliché" vient de "clicher", qui est un mot propre au jargon des typographes. Clicher, c'est travailler du plomb fondu afin d'en obtenir un moule (CA).

- Tout cliché verbal ("vert comme les prés", "loin des yeux loin du cœur") ou non verbal joue un rôle de sonde ("plus ils sont loins plus ils sont verts") dans la structuration de notre conscience. Il libère les émotions, recherche d'autres clichés. Banni par la littérature, il est remis au goût du jour par le théâtre de l'absurde.

"La façon la plus simple de définir le cliché est de le décrire comme une sonde (lancée n'importe où dans les innombrables lieux de la conscience humaine) qui promet de l'information mais qui le plus souvent ne ramène que d'anciens clichés" (CA, p. 61).

Le choix d'un cliché, pour servir de sonde, doit se porter sur quelque chose de petit (pour s'étendre à tout). Il crée un état de rupture dans la linéarité du langage, pour faire place à une perception nouvelle : un archétype (CA).

"Le cliché est un acte de conscience : la conscience totale est la somme de tous les clichés de tous les media et de toutes les technologies qui nous servent de sondes" (CA, p.157).

Le cliché-sonde fouille les habitudes de la pensée pour aller récupérer derrière le quotidien la conscience archéypale de l'instant. Ex. : Proust, Le Temps retrouvé constitue l'archétype de l'instant et la préfiguration de la simultanéité électronique (CA).

- L'idée du cliché sonde vient de Platon. La caverne est un dépotoir (d'archétypes) (CA).

- "Le banal, tel quel, est riche d'énergie ; mais il faut du talent pour la libérer. Le meilleur moyen, c'est de frotter deux clichés ordinaires l'un contre l'autre ; comme deux morceaux de bois, ils prennent feu" (CA, p.221).