SOCIÉTÉ ANALPHABÈTE

Publié le par counterpart

Reprenant une nouvelle fois Carothers, McLuhan estime que c'est par l'étude du monde analphabète qu'il est plus facile de découvrir les effets de l'alphabet phonétique sur le monde occidental.

Les sociétés analphabètes subissent une tyrannie auditive. Leur espace est un espace acoustique, cad un champ  total de relations simultanées, indifférent au changement.

Dans la GG, McLuhan rapproche les thèses de Riesman (La foule solitaire), décrivant les "sociétés traditionnellement déterminées" (où la culture détaille les moindres règles de conduite) avec les analyses de Carothers sur la psychologie des sociétés tribales africaines. Il en tire la conclusion que la culture de l'électricité est un retour à la base tribale.

Selon McLuhan, il est intéressant d'analyser le regard des analphabètes en voie d'alphabétisation.

S'appuyant sur les études de Wilson, il reprend à son compte l'idée que sans entraînement les analphabètes ne peuvent "voir des photos et des images de cinéma" (GG, pp. 81 et s.). L
'alphabétisation  donne à l'œil humain l'habitude d'une mise au point en-deçà de l'image qui lui permet d'en avoir une vision globale. Il se sert de ses yeux comme d'une caméra. Un regard non alphabétisé n'a donc pas de vision globale de l'image : il balaye l'image et s'arrête sur un détail ; il vit l'objet plus qu'il ne le voit, i.e. l'œil travaille non en perspective mais de façon tactile.  Pour la même raison, les analphabètes ne comprennent pas le hors champ (contraire à la vision naturelle ), ni le panoramique, ni le travelling.

Il faut ici préciser que McLuhan ne porte aucun jugement de valeur sur cet état de fait. Il remarque plutôt que le public alphabétisé est un consommateur passif tandis que le public analphabète est amené à participer au spectacle auquel il assiste.
Les analphabètes (ici, africains) ont les mêmes difficultés à voir les films occidentaux que les alphabétisés (occidentaux) à voir l'art abstrait (GG, p.89).

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