ALPHABET PHONÉTIQUE

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1. L'alphabet phonétique "fait passer l'homme du monde magique de l'ouïe au monde indifférent de la vue" (GG, p. 49). L'alphabet phonétique trouve son aboutissement dans l'imprimé.

2. L'alphabet phonétique a réduit à un simple code visuel l'utilisation simultanée de tous les sens qu'est l'expression orale. Il dissocie l'image du son. 

3. "L'alphabet [phonétique] est un agent agressif d'absorption des cultures" (d'ap. H. Innis, Empire and Communications). Munie de l'alphabet, n'importe quelle civilisation peut traduire en son mode une autre culture ; l'inverse n'est pas vrai, car l'alphabet n'est pas assimilable : "il ne peut qu'éliminer ou détruire" ; les peuples alphabétisés (Grecs, Romains) se tournent vers la conquête (cf. mythe de Cadmos) ; l'imprimé, qui  constitue son achèvement, suscite le nationalisme et l'économie de marché (GG, p.105).

4. L'alphabet phonétique, en tant qu'il isole la vue des autres sens, arrache les sociétés au temps et à l'espace sacrés. Il projette ces sociétés dans le temps et l'espace profanes de l'homme civilisé et pragmatique (d'ap. M. Eliade, Le Sacré et Profane). Le monde magique s'efface dans la mesure où les mouvements intérieurs sont traduits visuellement. McLuhan considère, contrairement à M. Eliade, qu'il est inutile de vouloir resacraliser la vie humaine (en raison de l'écriture alphabétique). A contrario, le retour à l'acoustique, à l'ère de l'électronique, devrait permettre la retribalisation de la société et un retour du sacré.

5.  L'alphabet phonétique, en tant qu'il privilégie la vue sur les autres sens, créé des gens simples, qui se distinguent par leur spécialité. L'homme oral est un être autrement plus complexe, riches d'émotions et de sentiments complexes (PCM, p.71).

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